A l'origine de Xavier Giannoli

Publié le 23 Décembre 2009

De nos jours, dans une petite ville du Nord. Quelques années auparavant, un chantier d'autoroute avait débuté dans cette commune mais à cause de la découverte d'une espèce rare de scarabée, le chantier avait été suspendu. Depuis deux ans, les habitants attendent avec impatience la reprise des travaux synonyme pour eux de travail et de débouchés professionnels. Aussi lorsqu'ils voient débarquer un jour dans la commune, Philippe Miller, toute la ville est en émoi.  Philippe Miller est en effet envoyé par la société de construction pour faire le point et voir si les travaux peuvent reprendre. Les entreprises locales se mobilisent ainsi que le maire pour faire le meilleur accueil à cet homme providentiel. Après quelques jours de contacts difficiles, Philippe Miller annonce la reprise des travaux sous sa propre direction. La machine s'emballe, les commandes sont envoyées aux entreprises locales, les demandes de main d'oeuvre aux intérims. Le village renaît... Pourtant dans 90 jours (date à laquelle Philippe Miller devra honorer ces bons de commande), les habitants découvriront qu'il n'est qu'un escroc, que l'argent n'existe pas.

Le film est palpitant du début à la fin. Grâce à la réalisation (sobre mais efficace), on suit l'avancée des travaux, on est même avec les ouvriers et avec Philippe Miller, on a envie que ce tronçon d'autoroute soit construit quelles que soient les conséquences. Le réalisateur parvient vraiment à nous faire comprendre cette commune, ces habitants, cet homme. Il y a une scène où on voit les habitants sortir de leur maison pour "accueillir" les engins de chantier. Dans d'autres circonstances, j'aurai trouvé ça ridicule d'applaudir des grues ou des tracto-pelles, mais dans ce film, on comprend la signification de ces engins pour ceux qui vivent dans cette commune. Un moment l'un des personnages dit "nous les emmerdes commencent quand on a plus de boulot". L'absence de travail, l'absence de sécurité face à l'avenir est telle que malgré les rumeurs de fraude concernant le chantier, les travailleurs continuent à y croire "vaut mieux ça que rien".

Et derrière ce film social qui vaut tous les films de Ken Loach, il y a aussi un homme: Philippe Miller joué par François Cluzet. Alors dire que François Cluzet joue bien relève du pléonasme. Il est magnifique dans ce film, dans sa peur des autres, dans sa prise de confiance et dans sa volonté de construire ce tronçon d'autoroute, parce que c'est la première fois qu'il construit quelque chose. Alors tant pis s'il est arrêté par la police, tant pis s'il va en taule, lui il veut construire son tronçon et faire en sorte qu'à partir de ce qu'il a construit, l'autoroute doit terminée.

Au final, malgré l'escroquerie manifeste, il aura changé la vie de ses habitants. Pendant trois mois, ils ont tous construit quelque chose et cela a changé, a orienté différemment leur vie.

Le film est basé sur un fait réel, qui s'est déroulé non loin d'ici à Saint-Marceau dans le cadre de la construction de l'autoroute A28. Le talent du réalisateur et des acteurs est d'avoir réussi à faire d'un fait divers (extraordinaire quand même), un vrai film social.

-- LN

 



Le film s'ouvre sur Cluzet, filmé en plans rapprochés sur son visage, alors qu'il téléphone à des responsables de chantier, se fait passer pour un fournisseur, puis on le suit alors qu'il falsifie des bons de commande, se rend dans un Point P pour louer du matériel de chantier... qu'il refourgue ensuite. On le voit dans ses chambres d'hôtel minables sur le bord des nationales tracer des croix rouges sur une carte pour localiser les chantiers des régions qu'il écume et repérer ses prochaines escroqueries.

Dans une critique lue quelque part (Télérama?), Cluzet est comparé à un oiseau. C'est extrêmement bien vu: ses petits yeux noirs sont impossibles à lire, fuyants, perçants, perpétuellement inquiets. Cluzet offre une composition tendue à l'extrême, guettant en permanence la menace: comme si quelqu'un allait surgir et révéler qui il est.

http://www.linternaute.com/cinema/image_diaporama/540/a-l-origine-46159.jpg

La beauté de ce film réside dans son réalisme social, dans la finesse de l'interprétation de personnages qui ne sont pas des caricatures. D'ailleurs cela permet au film d'éviter de sombrer dans le stéréotype misérabiliste du Nord (d'ailleurs pourquoi avoir situé le film dans le Nord et pas dans la Sarthe? pour permettre au spectateur d'identifier les problématiques plus immédiatement?) mais de montrer comment cette commune et ses habitants voient en cet homme providentiel la seule chance de sortir de leur lot de chômage, petits boulots, interim et galère.

"A l'origine" propose de porter un regard humain sur notre société... et de fait d'en ressortir navré. Notre société aliène les hommes et les femmes, les humilie quotidiennement en leur faisant croire qu'ils sont inutiles. Les habitants de la commune veulent croire en cet escroc car il leur offre l'espoir de travailler. Travailler ne signifie pas pas seulement gagner de l'argent pour pouvoir vivre (même si c'est primordial et cela permet au personnage de Nicolas, jeune voyou, de ne plus avoir à dealer) mais aussi et peut-être surtout avoir le sentiment de contribuer à quelque chose, de faire de sa vie quelque chose d'utile, de construire de ses mains. Le recéleur (interprété par Depardieu qui est bien, car il joue en retenue) donne une autre vision: "je te l'ai dit, travailler c'est se faire avoir." Au final, le film penche en faveur de l'interprétation utile du travail mais a le mérite de nous faire réflechir à tout cela. Sans être marxiste, il est profondément, intelligement social et même humain, tout simplement.

 J'ai été réellement ému par ce film poignant. Un des meilleurs de l'année.

-- Mathieu

Rédigé par Les boggans

Publié dans #Cinéma

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Enitram 24/12/2009


Oh, que vous me donnez, tous les deux, envie de voir ce film... J'aime quand vous aimez un film et en parlez avec tant de bonheur....
Je vous souhaite un bon Noël plein d'espérance!!!!!!!!!!!!!!!!!!