Mardi 27 octobre 2009
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Cette
bande-dessinée s'ouvre par une sorte de préface d'un sociologue spécialiste des contes de fées et du folkore qui définit dans un texte poétique ce qu'est un conte de fées. La BD est en effet
clairement un conte. Les personnages sont tous des archétypes tirés des contes et les auteurs nous livrent un conte original et souvent poétique.
Artémis est une jeune fille fascinée par la lune et par son petit frère qui lui-même est terrorisé par des cauchemars. Aussi est-elle inconsciente de l'intérêt qu'elle suscite chez Rufo, un
garçon populaire et cruel, chef d'une bande de chenapans, comme chez Brindille, garçon solitaire qui parle aux animaux... Un soir, la rivalité des deux garçons pour les yeux d'Artémis provoquera
un terrible accident qui verra la mort du petit frère par noyade dans un puits .
Des années plus tard, Artémis vit recluse dans une ferme, se reprochant toujours la mort de son frère. Brindille vit en ermite tandis que Rufo est devenu le puissant, riche et cruel seigneur
local cherchant toujours vainement à séduire Artémis. Alors que le bal annuel du village approche, l'arrivée d'un mystérieux camelot errant va faire éclater le fragile équilibre et dénouer les
noeuds qui enserrent ce village...
BD poétique, donc, un vrai conte original souligné par un dessin au trait gracieux et naïf... peut-être un peu trop forcé, justement: parfois, la poésie est tellement décrétée qu'elle ne passe
pas. Pourtant le travail sur le noir et blanc, sur l'encre de chine est très joli et l'utilisation unique de la couleur -- rouge -- souligne évidemment le lien avec le petit chaperon... mais quel
lien?
Car le plus grand reproche que je fais à cette bande dessinée est de proposer des personnages très stéréotypés, une structure suivant les topos du conte mais sans parvenir à les
transcender ni à en livrer un plus. En discutant avec H. (qui n'est pas d'accord avec moi, cf. sa critique), je lui disais que pour moi, aujourd'hui, tout auteur de conte, se doit de prendre en
compte (ah, ah) ce qui a précédé et d'apporter quelque chose. Si on compare cette BD avec "Le Labyrinthe de Pan," on s'aperçoit que Guillermo del Toro lui aussi nous livre un conte, mais il le
met en parallèle avec la guerre civile espagnole; ce qui permet d'apporter une profondeur à son récit et avec la fin qu'il propose à son film, il nous donne en plus -- et c'est ce qui en fin la
force -- une relecture entière du conte: les trois épreuves que doit subir Ophélia, les fées et monstres qu'elle rencontre, ne sont pas des protagonistes d'une quête destinée à lui rappeler
qu'elle est une princesse cachée (conte classique), mais sont les manifestations d'un imaginaire qu'elle utilise pour pouvoir supporter son époque.
Or, dans "Le Signe de la lune," les auteurs avaient la possibilité de nous livrer pareil transcendance: en effet, le personnage du camelot ambulant est le véritable moteur de l'histoire, paré
d'une aura féerique et mystérieuse. On apprend, alors qu'il va retrouver la vieille guérisseuse au moment où elle se meurt qu'il ne vieillit pas et qu'elle a refusé de lui suivre pour ne pas se
voir vieillir par ses yeux alors que lui restait jeune. C'est donc une fée! Et rien de plus! Quel dommage, car ce camelot est celui qui précipite les évènements: c'est lui qui fait sortir Artémis
de sa réclusion, c'est lui qui dit à Brindille ce qu'il devra faire le jour du bal et qui finalement amène le dénouement de l'histoire. Et on ne sait rien de plus. Je ne demande pas plus
d'explications, je demande à voir plus: des pages (en couleur, par exemple, du vert) sur ce personnage, sur sa première arrivée dans le village, sur comment il a rencontré la vieille guérisseuse
alors jeune, sur une histoire qu'il aurait déjà engendré, nous auraient permis de voir qu'il est le faiseur d'histoires qu'il colporte ensuite, distribuant objets magiques et merveilles pour que
ces histoires puissent avoir lieu (ce qui est le cas avec le pendentif lunaire qui provoque tout, d'ailleurs).
Donc, un bonne BD, mais inachevée, pas assez creusée à mon goût et qui manque d'un point de vue sur les contes. Or, avec la préface, les personnages, je m'attendais à voir cela. Déception, de
fait.
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